Le sauveur… héros ou bourreau ?

L’enfer est pavé de bonnes inten­tions”
Ça vous dit quelque chose ?

Revenons donc sur le trio : Vic­time — Bour­reau — Sauveur.
Cette rela­tion est beau­coup plus courante qu’on ne peut le penser. Il suf­fit de vouloir aider quelqu’un, se plain­dre ou cri­ti­quer pour pou­voir gliss­er vers ce trio. L’identification à l’une de ces trois posi­tions nous fait alors jouer incon­sciem­ment une prob­lé­ma­tique qui ali­mente la vio­lence du quo­ti­di­en.

Ce qu’il est impor­tant que vous com­pre­niez d’emblée, au sujet de ce trio c’est que :

1/  l’un ne va pas sans les autres
C’est-à-dire que la présence de l’un entraîne irrémé­di­a­ble­ment l’activation des deux autres.

2/ Ce trio ali­mente les rela­tions de vio­lence
Cette vio­lence n’a pas besoin d’être physique et extrème pour exis­ter, elle sait aus­si s’immiscer dans le quo­ti­di­en, dans les rap­ports de pou­voir sub­tils, dans l’alimentation des égos, dans les “cri­tiques con­struc­tives” et autres “bonnes inten­tions” qui autorisent le juge­ment, la dis­til­la­tion de la peur et l’humiliation.

3/ Les posi­tions de ce trio sont inter­change­ables
Vous n’avez pas besoin de trois pro­tag­o­nistes (un gen­til, un très gen­til et un méchant) pour que ce trio existe. Il suf­fit que vous vous plaignez (acti­va­tion de la vic­time), que vous cri­tiquiez (acti­va­tion du bour­reau) ou que vous ten­tiez de soulager l’être aimé de ses blessures (posi­tion du sauveur) pour activ­er incon­sciem­ment les autres posi­tions en l’autre.
Mais aus­si en vous !
Parce que si vous vous posi­tion­nez en vic­time ou sauveur, vous devien­drez irrémé­di­a­ble­ment aus­si le bour­reau à un moment ou à un autre.

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Dif­fi­cile à croire ?

Qui ne s’est jamais sen­ti irrité par le com­porte­ment de quelqu’un d’autre, qu’il juge alors comme “mau­vais” (mal éduqué, irre­spectueux, égoïste…), en se plaig­nant de son com­porte­ment ?

La per­son­ne qui se sent mal­menée, se posi­tionne incon­sciem­ment en vic­time (elle souf­fre du com­porte­ment de l’autre) et pro­jette donc l’étiquette de bour­reau sur ses épaules. Ce dernier, qui ne com­prend pas for­cé­ment ce qu’on lui reproche, se sent alors attaqué (vic­time) et va prob­a­ble­ment se défendre (de son “bour­reau” qui se pense vic­time), avec irri­ta­tion ou agres­siv­ité. Il vient alors, sans le vouloir, con­firmer l’étiquette ini­tiale de bour­reau pro­jeté sur lui.

Vous avez mal à la tête ? C’est nor­mal…

Com­prenez juste que lorsque l’on se place en vic­time, on se plaint, on pro­jette la faute sur l’autre et on devient soi-même, sans le vouloir ni le savoir, le bour­reau de l’autre.

Donc la posi­tion de vic­time ali­mente le bour­reau, en l’autre et en soi-même.
C’est à dire que le “bour­reau” pré­sumé devient vite vic­time de la per­son­ne qui se plaint et la pro­jec­tion de la faute sur l’autre peut cir­culer ain­si indéfin­i­ment dans la rela­tion, d’un pro­tag­o­niste à l’autre. Ça devient vite un manège infer­nal.
D’où le mal de tête 😉

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Mais qu’en est-il du sauveur ?

Là où il y a une vic­time il y a sou­vent un sauveur, soit pour pren­dre sa défense, soit pour la répar­er ou la soulager.

Les per­son­nes qui se posi­tion­nent en sauveur, por­tent en eux, la croy­ance incon­sciente que leur valeur dépend de la manière dont ils s’occupent des autres

Du coup, si l’autre n’a pas besoin d’eux, ils ne peu­vent se sen­tir exis­ter.
D’où le plaisir à être le con­fi­dent ou celui qui répare, qui rend ser­vice.
Leurs qual­ités sont donc une écoute atten­tive et bien­veil­lante, ain­si qu’un plaisir à s’occuper des autres.
La con­tre-par­tie c’est… qu’ils ont “besoin” que l’autre souf­fre, ou ait besoin d’eux.

Ils peu­vent ain­si main­tenir incon­sciem­ment l’autre dans sa souf­france.
Et pro­jeter leur frus­tra­tion sur l’autre quand :

  • Ils ne sont plus utiles et que tout va bien

La per­son­ne pré-suposée “vic­time” ou souf­frante com­mence à aller de mieux en mieux et a de moins en moins besoin de l’aide de son sauveur. Celui-ci va poten­tielle­ment juger et déval­oris­er ses choix et nou­veaux com­porte­ments, par frus­tra­tion incon­sciente liée au sen­ti­ment de ne plus être utile.

  • Ils sont impuis­sants à aider l’autre

Si les con­seils et actions qu’ils enga­gent n’ont pas d’effet au moyen/long terme, le sen­ti­ment d’impuissance peut être si frus­trant qu’ils devi­en­nent irri­ta­bles, évi­tants ou cul­pa­bil­isants, pas­sant d’une écoute bien­veil­lante à l’accusation.
On peut observ­er de tels com­porte­ments dans les hôpi­taux ou unités de soins, lorsque cer­tains soignants devi­en­nent impuis­sants à aider leur patient et devi­en­nent évi­tants, irri­ta­bles ou accusa­teurs. Oui, même si ce n’est pas la majorité heureuse­ment, cela peut arriv­er.

  • Ils se sen­tent rejetés ou délais­sés

Le sauveur peut se met­tre à juger l’autre d’égoïste ou d’ingrat, quand il se met à vivre sa vie, sans trop don­ner de nou­velles par exem­ple. Tout cela en se sen­tant “vic­time”, car délais­sé et non recon­nu.

Atten­tion ! Tout cela ne s’active pas de manière con­sciente ! Le sauveur ne sait juste pas quoi faire d’autre… que de s’occuper par l’autre.
C’est pour cette rai­son qu’il peut vite “étouf­fer” avec ses bonnes inten­tions. Ça vous dit quelque chose, l’archétype de la bonne mère qui veut tou­jours aider et qui se fait rejeter ? Bah voilà, c’est le bon exem­ple ! Cette per­son­ne ne com­prend pas la sit­u­a­tion et se sent pro­fondé­ment blessée et incom­prise face au rejet des autres.
Les niveaux d’inconscience du “sauveur” peu­vent vari­er, d’une réelle incon­science pour la “mère poule”, à la con­science de cer­taines tech­niques de manip­u­la­tion pour le per­vers nar­cis­sique, qui se racon­te qu’il sait juste com­ment obtenir ce dont il a besoin, en toute légitim­ité. Cepen­dant, aucun n’a com­plète­ment con­science de la tox­i­c­ité de leur posi­tion dans la rela­tion.

De plus, les per­son­nes qui por­tent cette croy­ance (que leur valeur dépend de la manière dont ils s’occupent des autres) man­quent sou­vent de légèreté dans les rela­tions. Ils l’ont per­du en chemin, du fait d’une his­toire de vie dif­fi­cile, ou cela ne leur a, tout sim­ple­ment, pas été trans­mis.
La valeur des rela­tions vient alors de ce qui est “sérieux” ou “pro­fond”.

Donc quand tout va bien, ils ne savent pas :

  • Par­ler pour ne rien dire
  • Faire des blagues
  • Rire pour un rien…

Pire, ils déval­orisent la “légèreté” des autres, jugée alors comme “super­fi­cielle”.

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Alors com­ment sor­tir de ce trio infer­nal ?

C’est très impor­tant que vous com­pre­niez que la sor­tie de ce trio ne peut se faire que de la posi­tion de “Bour­reau”… Pourquoi ?

Qui veut enlever l’habit de Sauveur, ce super héros ?

Et la vic­time souf­fre, certes, mais elle a aus­si de nom­breux béné­fices sec­ondaires :

  • Elle attire l’attention de l’autre et son aide
  • Elle peut aus­si se “sen­tir” exis­ter par la sen­sa­tion de douleur ou de souf­france qui lui rap­pelle que mal­gré le vide intérieur, elle est bien vivante.

Alors que… qui veut garder/assumer l’habit de bour­reau ?
Même les dji­hadistes dis­ent qu’ils se “sac­ri­fient”. Ils se posi­tion­nent donc en sauveur/vengeur ou vic­time … cer­taine­ment pas en bour­reau.

Une fois qu’on prend con­science de tous les endroits où l’on fait du mal à l’autre (ou à soi-même en ali­men­tant la posi­tion de bour­reau chez l’autre), même sans le savoir ou le vouloir, alors on peut accepter d’arrêter de se posi­tion­ner en sauveur ou vic­time pour éviter le bour­reau en soi… (et en l’autre).

Encore faut-il pou­voir accepter la respon­s­abil­ité (et non la cul­pa­bil­ité) de ce que l’on attire, pour en pren­dre con­science. Et ça ce n’est pas une mince affaire !

L’aide de thérapeute “con­scients” et bien­veil­lants, ayant tra­vail­lés sur leur pro­pre égo, est alors pré­cieuse pour accom­pa­g­n­er cette prise de con­science et la libéra­tion de ces mécan­ismes. Car un “proche” est très sou­vent mal posi­tion­né pour faire com­pren­dre cela à l’être aimé, surtout s’il est directe­ment impliqué dans cette dynamique rela­tion­nelle. Mieux vaut dans ce cas laiss­er ce soin à quelqu’un de neu­tre.

Sauf… si tout cela est dit avec BEAUCOUP d’amour (sans reproche, ni cri­tique).

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Mais com­ment aider l’autre sans se posi­tion­ner en sauveur alors ?

  • Par la “présence” (dif­férente du “faire”) et l’écoute atten­tive et neu­tre, d’abord.
  • Par la respon­s­abil­i­sa­tion de l’autre dans un sec­ond temps : “Que peux-tu faire pour arrêter/changer la sit­u­a­tion ?”

Et atten­tion :

  • A ne pas ali­menter le bour­reau : “Tu l’as bien mérité !”, “C’est ta faute.”
  • A ne pas ali­menter la vic­time : “Tu as rai­son c’est injuste”, “C’est qu’un.e c…”
  • A ne pas ali­menter le sauveur : “Tu dois faire ci ou ça, comme ça”.

Donc pour résumer…

Méfiez-vous tou­jours des posi­tions de sauveur et de vic­time, en l’autre mais aus­si et surtout en vous-même !

Aurélie Aspert

P.S : A tous les thérapeutes et soignants, soyez vig­i­lants de bien tra­vailler sur cette pos­ture égo­tique du sauveur et sur l’angoisse de l’impuissance qui y est asso­ciée, pour accom­pa­g­n­er vos patients de manière ajustée.

P.S 2 : Vous vous recon­nais­sez dans cet arti­cle et vous vous sen­tez mal à l’aise après sa lec­ture ? Ne vous inquiétez pas nous sommes nom­breux dans ce cas là !
Moi aus­si je viens de cet endroit. Cela ne m’a pas empêchée de le tra­vailler et d’en sor­tir. Aujourd’hui je peux con­tin­uer à aider les gens, en toute con­science. Et lorsque ce sché­ma se réac­tive, la ver­bal­i­sa­tion respon­s­able et authen­tique per­met d’en sor­tir rapi­de­ment 🙂

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1 Comment

  • Aurélie Aspert 21 juin 2019

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