Mme Rouge, 54 ans

Aujourd’hui, même si tout n’est pas par­fait, je suis debout je souris j’aime vivre et je crois en l’avenir parce que je crois plus en moi.
Quelques semaines après la mort de mon mari, je me suis sen­tie entourée de hauts murs sans fenêtres ni portes, le médecin que j’avais vu quelques jours aupar­a­vant m’avait pre­scrit des anti­dé­presseurs et anx­i­oly­tiques mais je me suis vue dépen­dante, accro, et inca­pable de repren­dre ma vie en main, avec le besoin per­ma­nent d’avoir une béquille chimique.
A l’hôpital où était hos­pi­tal­isé mon mari, j’avais ren­con­tré Mme P (Mme “Psy”) qui m’avait don­né sa carte au cas où…
J’ai appelé avant de per­dre com­plète­ment pied.
Ce n’était pas seule­ment la mort de mon con­joint qui était com­pliqué mais une vie con­stru­ite de bric et de broc à remet­tre en place, des morts à enter­rer défini­tive­ment (mon père) com­pren­dre que le deuil à faire n’est pas l’oubli (loin de là) mais la pos­si­bil­ité de pour­suiv­re sa vie à soi avec ses pro­pres envies, désirs, souhaits, possibilités.
Bien sûr rien n’est facile dans cette démarche, com­bi­en de fois, en y allant, ne me suis-je pas dit que je n’avais rien à dire rien à y faire, que ça ne ser­vait à rien. Con­tin­uer de douter et de rester à une place qui n’était pas la mienne était telle­ment plus facile mal­gré l’inconfort, con­tin­uer de douter de ne s’accorder aucune chance.
Mais voilà aus­si « con­traig­nant », que cela puisse être, Mme P m’a per­mis, par nos entre­tiens d’aller de l’avant, d’être debout, de croire, et d’être plus moi qu’avant et ce moi c’est de moins en moins une pâle copie de quelqu’un à qui je voudrais ressem­bler, c’est moi avec des qual­ités et défauts, faib­less­es et force.
Par­fois en sor­tant de nos entre­tiens je l’ai mau­dite, pour m’avoir mise en dif­fi­cultés mais sou­vent, si j’y pense, c’est parce qu’elle m’a mon­tré ce qui était pos­si­ble pour moi et qu’il était bien plus facile de se l’interdire que d’oser avancer et plonger dans une aven­ture de tous les possibles.
Au bout de 4 ans et demi, je pense savoir qui je suis et ce que je suis. Alors bien sûr tout ça fait que j’ai besoin de con­stru­ire ou pour­suiv­re ma vie (notam­ment) pro­fes­sion­nelle ailleurs de ren­con­tr­er d’autres gens, de faire ce qui me plait en sachant dire non, ou oui comme je l’entends et non comme il faut le faire. Par­fois, sou­vent même, je devrais not­er mes impres­sions entre deux séances car si j’avance (encore lente­ment) j’avance et c’est grâce à elle. Je réfléchis plus au sens que je veux don­ner à ma vie, je souris le plus sou­vent pos­si­ble, c’est ma force.
J’ai besoin de naître à nou­veau et de croire que mal­gré les obsta­cles on peut faire des choses.
Hier entière avec quelques kilos en trop, j’avais envie de cass­er par­fois la glace devant laque­lle j’étais.
Aujourd’hui avec tou­jours des kilos en trop, des cica­tri­ces dues à une recon­struc­tion mam­maire et une sil­hou­ette à se réap­pro­prier je me sens plus sûre de moi et (presque) belle, c’est un peu le monde à l’envers et ça ça me plait.”

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